Biblioteca Municipal Joan Oliva i Milà Ajuntament de Vilanova i la Geltrú

Biblioblog – Fora del prestatge

Petit Pays. Gaël Faye

Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie. Gaël Faye.

L’auteur:

Né en 1982 au Burundi , à Bujumbura, franco-rwandais, Gaël Faye arrive en France dans le département d’Yvelines en pleine adolescence suite au déclenchement de la guerre civile du pays. gael-fayeIl fait des études de commerce et obtient un master de finances puis travaille pendant une période en tant qu’analyste financier à Londres , un monde professionnel qu’il abandonne bien vite pour se dédier à la carrière artistique qui l’identifie vraiment.

Il est influencé par les littératures créoles, le soul, jazz, samba, rumba congolaise… et devient compositeur et interprète de rap. Il forme avec Edgard Sekloka, franco-camerounais, le duo Milk Coffee and Sugar en hommage à l’une des discipline du hip-hop, le MCing2 et sort un album en 2010.

Par contre celui de “Pili Pili sur un croissant au beurre” où il évoque l’exil enregistré en 2013 en solo entre Bujumbura et Paris est son premier album et obtient un grand succès.

Il réside actuellement au Rwanda avec sa femme et ses enfants.

Le livre:

Dans le livre Petit Pays qui nous occupe ce mois-ci, Faye Gaël situe comme contexte historique le génocide des tutsi au Rwanda vue depuis le regard d’un enfant de 11 ans, au Burundi. Dès les premières pages la question identitaire se pose habilement. petit-pays-gael-faye-soiree-litteraire-madrid-club-bookL’auteur fait évoluer son personnage Gaby pour bien connecter l’histoire qu’il raconte et maintient tout le long du livre les dialogues internes avec lui-même ou externes avec les autres personnages et l’Histoire qui ne peut rester dans l’oubli.

Je prends comme exemple parmi d’autres que j’aurai pu choisir, celui d’Yvonne, sa mère qui est en cours de séparation de son père, entrepreneur français installé au Burundi pendant son service militaire qui dit « Mon pays c’est le Rwanda ! Je suis une réfugiée… c’est ce que j’ai toujours été aux yeux des Burandais » ou celui d’Innocent « Il n’y a que les blancs et les Zaïrois pour manger des crocodiles ou des grenouilles. Jamais vous ne verrez un Burundais digne de ce nom toucher aux animaux de la brousse. Nous sommes civilisés, nous autres ! » . Je vous recommande et renvoie au lien affiché ici-bas qui éclaire le contexte de ce livre. ICI

19437414_1587873601263716_1461740301940674673_nC’est donc dans le contexte du métissage, du racisme, des méfaits de la colonisation, de la lutte fratricide et l’exil que l’auteur se soucie de faire émerger l’Histoire à travers une écriture simple et directe. Dans une interview à France Culture il dit qu’il a écrit ce roman « (…) beaucoup plus en souriant qu’en pleurant. Parce que j’ai réussi à faire surgir un monde qui a disparu, qui reste dans la mémoire, dans les souvenirs de personnes qui ont vécu cette époque-là. Au fil de l’écriture, j’ai ressenti des choses comme dans une séance de spiritisme. J’ai ressenti de vieilles sensations. Je n’ai pas ressenti de douleur. Je l’ai même atténuée. La guerre, la souffrance est pour moi atténuée, non seulement par le regard de l’enfant, mais même dans les descriptions. Ce qui s’est passé dans ces régions-là a atteint des sommets de violence et d’horreur que même la littérature ne pourrait pas décrire. Et j’ai essayé – comme le personnage met la violence à distance, moi-même en tant qu’écrivain à ce moment-là – j’ai essayé de mettre le plus longtemps cette violence à distance et de ne pas trop la décrire ».

Il a essayé et y est bien arrivé en remportant tout d’abord le prix du roman FNAC puis celui du Goncourt des Lycéens en 2016 et nous l’en félicitons notamment, car c’est son premier roman.

L’histoire:

L’enfance insouciante, tranquille et heureuse de Gaby, au Burundi en 1992, né d’un père français et d’une mère rwandaise et vivant dans un confortable quartier d’expatriés à Bujumbura se voit bousculer petit à petit suite à tous les changements violents du conflit ethnique prenant place dans son entourage…

Gaël Faye, à la recherche du temps perdu
Les voix du monde
Gaël Faye, chouchou des prix littéraires

Esther Bruna
Club de Francès

2 Comentaris fins ara

  1. Esther dissabte 4 de novembre de 2017 - 7:19 h

    Rien à redire, même atténué sous le filtre de la voix de son personnage principal, ce prix Goncourt lycéen sert à éclairer le lecteur à ce sujet abominable et injuste. Deux formations politiques: Uprona, parti unique qui règne depuis beaucoup d’années au pays et bien soutenu par l’armée et Frodebu qui va pouvoir être voté et élu “démocratiquement” par une majorité. Les uns pensent qu’il faut se réjouir et que la voie à la démocracie est une bonne chose, les autres qu’il faut rester unis et sans division. Le président hutu résultant des votations présidentielles ne va pas faire long feu et il sera assassiné par l’armée.
    L’amitié et l’insouciance que vivent les enfants s’assombrit à partir du moment où ils commencent à penser différemment et créent une frontière invisible entre eux. Gaby, même si ce n’est pas son désir, même s’il n’a jamais parlé politique comme Gino, se voit obligé à participar effectivement.

  2. Enric divendres 3 de novembre de 2017 - 14:16 h

    Bonjour Esther.

    Ce « Petit Pays » le Burundi, petit état niché au cœur de l’Afrique des grands lacs, au sud de son voisin le Rwanda dont le nom nous est plus connu depuis l’horrible génocide de 1994 entre les hutus et les tutsis, les deux ethnies que habitent tous les deux pays. La haine nourrie par la colonisation du homme blanc et la démocratie mal interprété par les natives que encore ont un très fort sentiment tribal, ont provoqué une grand brèche sociaux et les plus aimables voisins de toute la vie s´ont transformé en les pires ennemis à mort. L’histoire de Gaby est celle du métissage, de l’exil, du racisme, des méfaits de la colonisation, d’une lutte ethnique fratricide qui prend aux tripes et indigne.
    Il s’agite d´un récit à hauteur d’enfant, c’est le filtre d’un regard d’enfant qui donne le ton à ce récit. À travers de ses souvenirs qui sait séduire et charmer le lecteur, á la mesure que tu le lis, d’un bonheur simple peu à peu mais terriblement rattrapé par la dure réalité d’une guerre civile. Un roman évocateur capable d’incarner tout le charme de ce petit bout d’Afrique et la diversité, la singularité des hommes qui le peuplent de ce bonheur qu’auraient tant voulu conserver aussi tous ces réfugiés et ces migrants fuyant l’enfer. Un pays enfoui qu’il habite viscéralement et qui fait partie de son identité, un récit central libérateur faisant revivre, au travers du regard candide et de plus en plus lucide de son héros Gaby, ces trois années charnières qui, de dix à treize ans, le feront passer du paradis à l’enfer et dans le dernière moment être part active du propre enfer. Un roman riche de scènes fortes et de moments de grâce, avec une écriture étonnamment maîtrisée, une belle écriture métaphorique et avec rythme.

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